La
temporalité : notes de cours (travail collectif)
La phrase
Propositions de définitions
Critères de
reconnaissance de la phrase à l'oral
L'énoncé
La temporalité
Les temps
grammaticaux et chronologiques
Le temps et les modes
Les personnes
L'aspect
Exercices sur la
temporalité
Exemples de la valeur des temps
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Aie ! = interjection, expression maximale de l’affectivité. Ma nièce court après sa balle. = phrase de base Excellent ce café ! = locution non verbale ou phrase non verbale Finis de rire ! = locution non verbale ou phrase non verbale Et bien, l’abolition de la peine de mort en politique ? (Flaubert) phrase non verbale Voici la maison ! = présentatif + suite La circulation a été détournée par la gendarmerie = voix passive, phrase dérivée. Chacune des séquences ci-dessus correspond à l’intuition que l’on a de la phrase. Il en existe des tas sous des formes très variées. La grammaire ne dispose pas d’une définition de la phrase qui permettrait de définir une fois pour toutes, les objets qui sont des phrases et ceux qui ne le sont pas. Il ne faut donc pas s’imaginer que l’on peut trouver une définition précise de la phrase. Il en existe plusieurs. La phrase est une donnée à construire, une vue de l’esprit. Méthodologiquement, la phrase doit être un outil opérationnel à un moment donné. Il faut créer la définition avec les enfants, mais cette définition ne sera pas valable une fois pour tout ! Dubois – Générativiste La phrase est un énoncé minimal formé d’un syntagme nominal (SN) et d’un syntagme verbal (SV). → Définition formelle (relative à la forme, à des caractéristiques grammaticales) → Définition commune à l’oral et à l’écrit qui ne rend pas compte de tous les types d’objets (phrases) que l’on peut rencontrer. → Selon la définition de Dubois, seules les locutions 2 et 7 sont des phrases. Gardiner La phrase est un mot ou un groupe de mots, révélant un dessein intelligible de communication, suivi d’une pause. → Définition centrée sur le sens, sur l’intention de communication. ® La pause dans la langue orale se traduit par un point dans la langue écrite. Donc, Gardiner ne donne une définition que pour l’oral. → Le point figure la pause tout comme la virgule! → Pour Gardiner, toutes les locutions sont des phrases, les mots isolés aussi : « Zut ! ». Grammaire Larousse La phrase répond à une intention déterminée. → Définition centrée sur le sens. → Définition très vague, encore plus vague que celle de Gardiner. → Définition qui ne nous aide pas dans la recherche d’une définition de la phrase ni dans l’identification de l’objet que l’on pourrait nommer phrase par opposition à d’autres objets qui ne le seraient pas. Nicolas Ruwet – Générativiste La notion de phrase doit être tenue pour un terme primitif non défini de la théorie. → Il récuse la notion de phrase, il parle uniquement de la structure profonde. La difficulté est donc de trouver des critères (des signes) de reconnaissance de la phrase, généralement, il s’agit d’une intuition. A l’écrit : la phrase est-elle toujours entre une majuscule et un point ? A l’oral : plus difficile, il n’y a que les intonations et les pauses qui peuvent nous informer !!!
Critères de reconnaissance de la phrase à l’oral Les pauses Les pauses coupent la chaîne parlée et isolent des segments qu’on pourrait appeler phrase. Mais à l’oral, on peut faire des pauses parce qu’on hésite, pour respirer… Elles varient en fonction de l’humeur, de la fatigue… Dans ces cas, les pauses n’ont rien à voir avec la structure des phrases. → Les pauses n’indiquent pas forcément la fin d’une phrase. Les intonations L’intonation est une variation de hauteur des intonations langagières, elle porte sur une séquence sonore plus ou moins longue qui donne une courbe mélodique, une musique véhiculant des informations (l’identité du locuteur, son intention de communication, son humeur…). Des informations qui n’ont pas d’intérêt pour le grammairien. Le grammairien se limite à ce qu’il considère comme des informations pertinentes, à trois schémas d’intonations fondamentaux : Ascendante Ex. : Tu viens ? Ascendante – Descendante Ex. : Je viendrai travailler demain. C’est un énoncé achevé, c’est généralement le modèle d’une phrase déclarative. Descendante Ex. : Tu sors ! C’est un énoncé achevé, car retour au niveau 0, c’est une phrase de type injonctive. ® Viens-tu ? = énoncé inachevé. Pédagogiquement, il est important de faire travailler les enfants sur les pauses et sur toutes les formes de l’intonation quand on apprend la langue orale (ex : la lecture à haute voix, orthophonie…). Il est difficile de définir une phrase à l’écrit et presque impossible de la définir à l’oral. Ces schémas doivent être abordés dans l’expression orale : dans la lecture, lors de dictions… Remarque : Quand la phrase interrogative est introduite par un morphème, une intonation spécifique n’est pas nécessaire pour trouver le sens. Exemple : Est-ce que tu viens ? Les signes de ponctuation Exemple sur la difficulté de définir une phrase : Un malaise me dressait tout debout au milieu de la chambre; il me semblait sentir entre les objets et moi comme un imperceptible surcroît de distance. Le point-virgule pourrait être un point, donc la fin d’une phrase peut être marquée par un point-virgule. Le visage frais et rond, la bouche souriante n’exprimaient pas la moindre insolence. Et pas davantage la timidité. Elle marcha longtemps. Trop longtemps. A contrario, ici le point ne marque pas la fin de l’idée. Après le point, c’est une expansion de l’objet précédent. Phrases de base Les grammairiens ont, puisqu’il était impossible de définir « la phrase », inventé les phrases de base. Mais, si on considère les phrases de base, les locutions 1, 3, 4, 5 ne sont pas prises en compte, puisque les grammairiens ne prennent pas en compte les phrases verbales. Remarque : le présentatif est considéré comme verbe. Conclusion Il est impossible de donner une définition opérationnelle de la phrase dans le code oral, car le concept de la phrase repose sur un modèle grammatical achevé que l’on ne peut retrouver à l’oral. Si on observe la langue dans des situations naturelles, on s’aperçoit qu’il est vain de vouloir enfermer le flot mouvant de l’oral dans des cadres rigides qui s’adaptent déjà difficilement au code écrit. En réponse à cela, les grammairiens ont inventé le concept de phrase de base qui permet d’identifier dans la langue des segments appelés phrases. ® La phrase de base est une unité structurale et un objet sémantique, mais il y a une difficulté à intégrer les deux. ® La notion de phrase est ambiguë, car intuitive et construite d’où une implication pédagogique. Quand on travaille la syntaxe avec les enfants, l’objectif est de décrire les différentes phrases du français. → La définition de la phrase est le but à atteindre (objectif) plutôt que le point de départ de l’analyse syntaxique. → On ne travaille pas en imposant une définition aux enfants. → La définition va évoluer en fonction des besoins, des découvertes, des rencontres que l’enfant va faire en fonction des expériences futures. La définition ne rendra compte que de certains cas. → Il n’y a donc pas une bonne définition de la phrase ! Une des définitions de la phrase pourrait donc être : « la phrase est l’unité maximale définissable en termes grammaticaux » car il n’y a aucune règle qui nous explique comment combiner des phrases entre elles en unités plus grandes. Le sujet parlant est libre de créer au-delà de la phrase. Il n’y a pas de livre, pas de discours, par de théorie au-delà de la phrase. Dès lors, quand on parle de grammaire du texte, c’est une métaphore. On pourrait donc arriver à une définition temporaire de la phrase qui correspondrait à notre étude de la temporalité. Définition temporaire Une phrase simple est une unité linguistique constituée par une structure formelle centrée sur un verbe véhiculant une proportion douée de sens et pourvue d’une intonation spécifique. → Définition non opérationnelle pour les phrases non verbales.Exemples de phrases: SN + SV (structure formelle) (Dubois)
Thème : ce à propos de quoi on dit quelque chose, de qui on parle. Attention, ne pas confondre avec le sujet ! Prédicat : ce que l’on dit à propos du thème. Mais, pour étudier un acte de communication, le cadre de la phrase est trop étroit, on a besoin de plus d’informations, d’un concept plus large qui donne sa place au sujet parlant (ses intentions de communication, les conditions d’énonciation…). → Ce cadre plus large, c’est l’énoncé.L’énoncé, c’est donc la réalité observable dans la pratique de la langue. C’est un événement unique résultant de l’acte de communication qui prend en compte l’intention du sujet parlant, les conditions d’énonciations (contexte, cotexte, histoire du SP). L’énoncé est porteur du sens. La phrase par rapport à l’énoncé Ex : Je viendrai demain. On ne connaît pas les intentions du sujet parlant, on ne sait donc pas s’il s’agit d’une menace, d’une proposition… De plus, chaque fois que la phrase est prononcée, le « je » est unique et le « demain » est à un instant précis. Chaque mot est compréhensible, mais le sens est indéchiffrable. Car l’on ne connaît pas l’intention du sujet parlant. La phrase est donc une structure grammaticale qui peut rendre compte d’énoncés différents. N’importe quelle structure peut porter des énoncés différents. On arrive donc à une définition de la phrase par rapport à l’énoncé : Une phrase pourrait être un type de combinaisons d’unités de la langue (formé de syntagmes de tous types) qui, actualisé par un SP (utilisé par un SP) dans un acte d’énonciation, peut constituer un énoncé (si l’on l’utilise, ça devient un énoncé). Une phrase est donc un schéma inscrit dans le code de la langue tandis qu’un énoncé est un objet correspondant plus ou moins (ne coïncide pas parfaitement) à ce schéma. La grammaire décrit des types de phrases, mais, pour l’énoncé, il faut introduire l’histoire du SP, les conditions d’énonciation. Une phrase devient donc un énoncé quand le SP actualise la structure dans un acte d’énonciation, de communication. La linguiste de la phrase et la linguistique de l’énoncé, bien que différentes, ne sont pas si éloignées l’une de l’autre : elles se complètent. Parler, c’est agir → communiquer, c’est faire aboutir une intention de communication. Exemple : 1 - L’homme avançait, lentement. La relation entre le verbe et l’adverbe est très forte, c’est presque un adjectif. La phrase pourrait être : La lente avancée de l’homme. → Adverbe circonstanciel ou modulateur 2 - L’homme avançait, évidemment. L’adverbe donne ici une information sur la phrase en entier, il ne se rapporte pas au verbe. L’adverbe donne un jugement, un avis par rapport à ce que le locuteur vient de dire. La phrase pourrait devenir : Il est évident que l’homme avançait. → Adverbe de la phrase. Ces deux phrases ont l’air de se ressembler très fort alors qu’elles renferment deux adverbes extrêmement différents. L’adverbe de la phrase ne se rapporte pas à un élément de la phrase, mais se rapporte à toute la phrase, à son ensemble. Exemple : A mon avis, selon moi… Dès qu’on fait du sens, le cadre de la phrase est trop étroit, on a donc besoin des conditions d’énonciation. La phrase n’a du sens que si elle est contextualisée. Ex : Que penses-tu de ce film ? → Soit simple question où l’on peut déjà sous-entendre son avis positif ou négatif… → Hors contexte, ça n’a pas de sens. Pour toutes questions interrogatives, il faut se demander quel est le sens de la question. Le ton sur lequel on pose la question ? La réponse que l’interlocuteur donnera au locuteur sera construite en fonction de la manière dont celui-ci aura construit sa question. Le sens de la question ? La manière dont on pose la question ? Cela peut induire la réponse. La question se distingue donc de la phrase déclarative par la relation établie entre le locuteur et l’interlocuteur (entre le « je » et le « tu »). L’interrogation permet tout un jeu dans la communication par tous les sous-entendus qu’elle laisse passer. D’un point de vue pédagogique La notion d’énoncé modifie complètement l’enseignement de la grammaire. Donc, le statut de la grammaire change. De « matière », elle devient « moyen ». La grammaire est un outil, le moyen d’apprendre à communiquer. Attention car les éléments grammaticaux à intégrer vont se hiérarchiser de manière très différente selon d’autres priorités que celles définies par une théorie de la connaissance. L’objectif du cours de français est d’apprendre à communiquer donc la grammaire doit être un moyen à mettre en œuvre pour communiquer et non de la théorie. Les temps grammaticaux et chronologiques Pour bien comprendre la temporalité, il faut se rendre compte qu’en français nous sommes « handicapés » car nous possédons un seul mot pour définir à la fois : le temps grammatical (les temps de la conjugaison) le temps chronologique ou sémantique Alors qu’en anglais, ils sont dissociés : time, tense. Le mot a donc plusieurs acceptations : Le temps grammatical : présent, passé simple, futur simple… (Désinences de la conjugaison). Le temps sémantique : valeur, époque (le passé, le présent, l’avenir) ® Mais, ces deux temps n’ont rien à voir l’un avec l’autre, ce sont deux notions étrangères l’une de l’autre. Ex : Question qu’un instit pourrait poser à un élève : Quel est le temps écrit au tableau ? Quelle est la terminaison du verbe ? → Il est évident qu’ici on parle du temps grammatical. Quand se passe l’action exprimée par le verbe, la phrase ? Demain, je pars. → Le professeur attend comme réponse : « dans le futur », temps sémantique, chronologique. Mais, même si ça paraît simple à différencier au premier abord, ce n’est pas si simple que ça sur le terrain. Dans l’esprit des adultes, ce n’est pas toujours évident de faire la différence entre les deux temps. La terminologie mélange deux concepts de telle sorte que l’on voit les temps chronologiques au point de vue des verbes, mais ce ne sont pas les verbes qui donnent le temps. Ex : Propos d’une mère de famille à son fils de 12 ans : Je veux que tu sois rentré pour midi. Sois = subjonctif passé, mais qui se réfère à un fait futur. Par rapport à l’énonciation (d’un point de vue sémantique), ça ne peut être qu’un futur. A partir de midi, l’action sera considérée accomplie et non comme un fait passé. Les temps composés = accomplis par rapport aux temps simples = non accomplis Remarque : On appelle ça un subjonctif passé alors que cela peut exprimer un futur. Le temps est donc mal nommé ou plutôt la dénomination d’un temps n’a rien à voir avec ses valeurs sémantiques. Mais attention : ne pas se laisser induire en erreur par le nom du temps ne pas dire qu’un imparfait exprime le passé dans l’absolu → Notre objectif n’est pas de renommer les temps de la conjugaison.
Il vient aujourd’hui ® Aujourd’hui donc le fait est présent ! Attention, aujourd’hui dure 24 heures, on peut donc parler d’un fait passé, d’un fait présent ou d’un fait à venir (futur). Dans ce laps de temps qu’est aujourd’hui. Il vient dans trois jours ® C’est un futur Il vient depuis 3 ans ® Un passé et un présent Pagnol entre à l’académie française en 1946 ® Passé lointain Nous apprenons, à l’instant, la libération de plusieurs étages. ® Le fait que l’on a appris, ça rend la phrase légèrement passée. C’est un passé proche, presque un présent. Qui casse les fers, les paie. ® Il n’y a pas de temps, c’est une phrase atemporelle. Pourtant, on remarque que chaque phrase est à l’indicatif présent (temps grammatical). Le temps sémantique n’est donc pas l’affaire du verbe (de sa terminaison) mais celle de l’énoncé. Ce n’est pas la morphologie du verbe qui impose le sens c’est l’acte d’énnonciation. ® Ce sera le centre de notre réflexion. Ex : Je voulais partir quand il arriverait → simultanéité Je voulais être parti quand il arriverait ® On pourrait dire que ces deux phrases sont prononcées dans le passé. L’infinitif passé indique que l’action doit être accomplie avant que l’autre n’arrive. L’infinitif passé n’indique pas plus le passé que l’autre infinitif. Il indique que l’action 1 doit être accomplie avant l’action 2. Ex : Je veux partir quand il arrivera → non accompli, simultanéité Je veux être parti quand il arrivera → accompli ® On pourrait dire que ces deux-ci sont dans le présent. L’infinitif présent n’indique pas le présent, il indique une intention non accomplie. La différence entre les phrases de chaque groupe n’est donc pas une différence de temps mais une différence d’aspect. Le sens est déterminé par la principale (c’est le verbe de celle-ci qui situe l’époque). Mais l’imparfait peut exprimer une velléité (avoir envie de faire quelque chose et ne pas le faire) qui est repoussée. Un changement d’avis : « on ne pensait pas qu’on le ferrait mais finalement… ». Mais, tout cela est au niveau du sens et non de la temporalité. C’est donc avec l’expression de la personne que naît le pouvoir de représenter le temps. L’infinitif ne peut représenter une valeur temporelle. L’infinitif ne peut représenter qu’une valeur aspectuelle et non temporelle. ® Tout dépend du contexte Appeler un infinitif présent, un infinitif présent ou un infinitif passé, un infinitif passé est donc mal choisi, ils sont mal nommés. ® Ce ne sont pas les temps qui expriment le passé, le présent et l’avenir. Rem : Savoir conjuguer se fait hors contexte. Il faut travailler l’expression du futur, du passé, du présent avec les enfants. Ils se rendront compte eux-mêmes qu’il y a des formes différentes et alors on apprendra ces formes. La valeur d’un temps verbal n’est donc pas associée à sa forme de manière simple et enregistrée dans la grammaire. Pour décrire une forme, il faut la replacer dans l’ensemble du système que constituent les temps et il faut tenir compte que ce système est organisé autour de notions qui exigent la prise en compte de l’acte d’énonciation. D’un point de vue méthodologique, ça signifie : qu’on ne peut pas structurer les valeurs des temps. Qu’il faut travailler la conjugaison et les valeurs sémantiques à des moments différents. Ex : Je vous avouerai que je n’ai pas eu le temps de corriger vos travaux. → Le futur n’a rien à voir avec l’avenir. C’est une valeur de présent employée comme une atténuation. Dans notre langue, le système des temps marque souvent la politesse. Ainsi, on ne dira pas je veux un chocolat mais je voudrais un chocolat. Ex : Dans un bouchon (circulation routière) lorqu’on en voit la fin et on se dit : « on aura perdu une demi-heure avec ce bouchon ! ». → C’est un futur antérieur qui exprime le passé puisqu’on se projette dans l’avenir. On exprime fait passé qui sera vérifié dans l’avenir, mais on a déjà la plus grosse partie des bouchons derrière soi. Ex : Françoise, pour qui donc a-t-on sonné la cloche des morts ? Ah, mon Dieu, ce sera pour madame Rousseau. (Marcel Proust) → l’emploi de « sera » laisse envisager une hypothèse qui se vérifiera dans le futur. Si on avait employé « serait », ça aurait simplement été une hypothèse. → La cloche a sonné, il utilise un futur pour un fait accompli, car il se réserve le droit de rectifier ses dires. On parle de « futur conjectural » (qui fait partie d’une conjecture, d’une hypothèse). → Mais, de toute façon dans le passé car le glas a sonné ou le présent accompli en fonction du contexte. → Remarque : la valeur modale = la manière dont le sujet parlant envisage le procès.Ex : Il aura mangé à cette heure-ci. → C’est un fait accompli qu’on vérifiera dans l’avenir, futur antérieur conjectural. Conjectural : une hypothèse, un fait se vérifiant dans l’avenir. Pour parler de l’avenir qu’on appelle futur, rien n’empêche d’employer une forme qu’on appelle présent. Tout comme rien n’empêche d’employer une forme qu’on appelle futur pour parler au passé. Passé composé et imparfait ne peuvent être cantonnés dans le secteur du passé. Les modes Les modes résultent d’une spécialisation intelligente, d’une utilisation réfléchie de certains caractères morphologiques du système verbal. Les modalités sont les intentions que le sujet parlant exprime à travers l’acte de la parole. – Moi, Héron faire si pauvre chère ! Faire : Infinitif, il n’indique pas de temps, pas de personnes, il admet n’importe quel agent, il situe le procès hors d’une époque précise, on peut le tirer de tout contexte. Il situe le procès dans aucune situation temporelle (atemporel et non personnel). – Moi, Héron que je fasse si pauvre chère ! (La Fontaine) Je fasse : Subjonctif, « je » souligne la haute opinion que Héron a de lui en tant qu’agent, il envisage le fait pour le rejeter avec indignation. Il est impossible de situer cette déclaration à une époque précise. Le fait est présenté comme envisagé et rejeté avec indignation (sentiment). Le subjonctif ne situe pas l’action dans la durée, il n’y a pas de période (atemporel). – Moi, Héron je ferais si pauvre chère ! Je ferais : Conditionnel, ça fait ressentir l’indignation, fait ressortir le côté affectif. Procès situé dans une époque. On situe le fait mais, parfois difficile à isoler. Temporel et personnel – Moi, Héron je ferai si pauvre chère ! Je ferai : Indicatif, l’acte est posé dans l’avenir. On actualise le fait. L’époque est déterminée, le fait est envisagé par le sujet parlant dans son présent. D’un point de vue sémantique, les modes s’opposent par la capacité ou l’incapacité qu’ils ont d’engendrer des formes personnelles et des formes ayant une valeur temporelle. La capacité : forme personnelle et temporelle : Indicatif L’incapacité : ni l’une ni l’autre : Infinitif, Participe, Subjonctif Le conditionnel est uniquement personnel car la valeur temporelle est parfois difficile à cerner. Il y a quatre modes : subjonctif, indicatif, impératif, conditionnel. Le conditionnel : D’un point de vue technique (morphologique) : Le conditionnel, c’est la forme verbale qui se construit sur l’infinitif du verbe auquel on rajoute les terminaisons de l’imparfait. Ex : partir + ais S’il finit par e, on le retire Ex : prendr + ais D’une point de vue sémantique : Ex : dans un magasin - Je voudrais un pain s’il vous plaît. ® Forme polie Ex : Une copine renverse son eau et mouille vos tartines. - Tu pourrais faire attention. ® Le ton va monter, ton agressif ou forme courtoise. Ex : avant les examens - Les étudiants m’ont dit que quand ils auraient fini leur examen, ils feraient la fête. ® Le premier conditionnel indique une réalité mais qui n’est pas encore présente, un rêve. ® Le second est la conséquence du premier. Ce sont des conditionnels mais il n’est pas question de condition → écart dans la façon de nommer le temps et les valeurs sémantiques. Les temps français servent souvent de formules de politesse, d’atténuation. Ce mode apparaît si on a de l’imparfait dans la principale qui exprime la condition. Impératif : C’est le mode de l’action Résulte d’un emploi intelligent, spécifique des formes de la conjugaison des verbes. Ce mode se définit comme « mode de l’action ». On l’emploie : pour obtenir un résultat pour agir sur le « tu » pour agir sur le comportement du « tu » L’emploi de l’impératif est toujours motivé par un mouvement affectif impliquant un dialogue réel ou fictif où le locuteur cherche à agir sur quelqu’un. Tout comme le subjonctif, l’impératif est un mode personnel et non temporel. Ex : Dors bien ! ® On le dit alors qu’on en a rien à faire si la personne dort bien ou non ! C’est une manière de terminer la communication. Formule de politesse, rituel langagier. Ex : Donnez un coup de fil quand vous arrivez ! ® C’est un impératif présent alors qu’on se rapporte à un fait futur (intention, souhait, désir…). Pour imprimer un ordre, une injonction : plusieurs moyens linguistiques parmi lesquels les temps sont nombreux. Ex : Taisez-vous ! Ca peut être en fonction du contexte : mise en garde ordre prière conseil, avertissement surprise (quelqu’un nous raconte quelque chose d’incroyable et on lui réponds : « taisez-vous ! » Différence entre personne et pronom personnel. La personne = catégorie conceptuelle qui est composée des êtres qui participent à la communication selon différents rôles langagiers. Pronom personnel = outils linguistiques très mal dénommés car c’est une indication sémantique accolée à un terme grammatical. Les rôles langagiers ou sujets dans l’acte de langage : celui qui parle : le locuteur celui à qui on parle (présent ou non) : interlocuteur celui dont on parle : le tiers (personne ou non, présent ou non) Singulier : Dans une communication, il y a : le « je », celui qui parle le « tu », celui à qui l’on parle → les deux seuls pronoms qui indiquent une personne unique.le « il », le tiers, celui dont on parle.
Locuteur (je) ------------------ Interlocuteur (tu) Interlocution
Le tiers (il) Délocution
Le « je » et le « tu » = des personnes uniques qui sont dans la discussion. Le « il » = la non-personne, c'est-à-dire n’importe qui, la non-personne, car personne en particulier, il n’est pas dans l’interlocution (relation locuteur – interlocuteur) Le « je » et le « tu » sont inversibles. C'est-à-dire que le « je » peux s’inverser en « tu ». Quand je parle, je suis « je » mais quand le « tu » me répond, je deviens le « tu » et le « tu » devient le « je ». → ce que je définis par « tu » ou « je » se pense et peux s’inverser en « je » ou « tu ». Donc, le « je » deviens « tu » ou inversement. Dans la communication entre deux personnes, le « je » et le « tu » s’inversent à tout moment dans la tête du locuteur et de l’interlocuteur.Mais, c’est impossible de faire pareil avec le « il » car « il » n’est pas dans la conversation (l’interlocution). Le « il » est dans l’instance de la délocution (de ce qu’on parle). Il n’est pas la personne qui intervient dans la communication en tant qu’acteur.
Pluriel : Le pluriel de « je » est « nous », ce n’est pas un vrai pluriel car « nous » n’est jamais que le « je » expansé aux autres, c’est un « je » amplifié. Le « nous » ne multiplie pas le « je ». Nous = Je + autres = je amplifié. « tu » est « vous » mais ce n’est pas un vrai pluriel car le « vous » n’est jamais que le « tu » expansé aux autres, c’est un « tu » amplifié. Le « vous » ne multiplie pas le « tu ». Vous = Tu + autres = tu amplifié. « il » est « ils », le « ils » multiplie le « il ». Le « ils » permet la multiplication de « il » (de la personne). C’est le seul vrai pluriel car il ne représente pas une personne spécifique, il multiplie les « il ». C’est ainsi qu’avec le « je » (la personne) naît le pouvoir de représenter les temps. → c’est au moment où « je » s’exprime qu’on va déterminer le présent et donc le passé, le futur…L’insistance de l’interlocuteur → je – tu, le délocuteur → il Le délocuteur c’est quand la communication met en scène le tiers pour parler D’un point de vue méthodologique : Il ne faut pas partir des temps ou des modes mais des situations de communication (questions, faire agir quelqu’un…) → Il faut travailler sur les modalités : la manière dont les individus envisagent les énoncés. Une même modalité peut être prise en compte par des moyens linguistiques différents, des temps grammaticaux différents.La langue met à notre disposition toute une série de moyens pour agir avec une intention de communication sur le comportement de l’autre et le faire réagir. On doit voir avec les enfants toutes les manières (situations jouées, textes…) Les temps grammaticaux peuvent glisser sans difficulté sur l’axe chronologique. Ex : - Hier, j’ai rencontré un ami. - Hier, je rencontre un ami. Ex : - Je partirai demain. - Je pars demain → Pas logique de dire qu’il y a des temps du présent et du passé.On doit se méfier des phrases toutes faites comme : « comme son nom l’indique, le passé composé exprime un passé » Ce sont des phrases toutes faites qui ne sont pas toujours vraies, donc à ne pas employer. → On ne voit pas un temps mais un système de temps.→ On ne peut étudier la valeur d’un temps que par rapport à d’autres temps dans un contexte.On voit très bien qu’un élément est porteur du sens. Ex : Hier (adverbe) = un moment que personne ne peut contester mais qui n’est identifiable que dans un contexte. En l’absence de ces marqueurs, par défaut, le verbe peut se voir confier des valeurs temporelles Quand il s’agit de l’indicatif présent, ce n’est pas le verbe qui porte la valeur temporelle, c’est le contexte qui fixe la valeur chronologique. ® Ce qu’il exprime, c’est notre point de vue par rapport au procès. Ce n’est donc pas une différence temporelle. L’aspect, c’est le point de vue du sujet parlant sur le degré de réalisation du procès. ® Laps de réalisation du procès. x__________a______b_____________y = déroulement L L et G L et GL = Lexique (vocabulaire) G = Moyens grammaticaux x ® a = aspect inchoactif, procès qui va débuter, inaccompli, vision sécante du procès. C’est uniquement le lexique qui peut nous permettre de reconnaître l’aspect inchoactif. Ex : Il va travailler. Il commence à travailler. a ® b = en train de s’accomplir, procès en cours de réalisation. On peut soit utiliser le lexique soit les moyens grammaticaux (temps simples = non accompli par rapport aux temps composés qui sont accompli). Ex : Il travaille. b ® y = aspect accompli. On peut soit utiliser le lexique soit les moyens grammaticaux (temps composés). Ex : Il a travaillé. Il finit de travailler. On peut donc recourir à n’importe quel moment au lexique. Le laps de réalisation du procès dépend du verbe et non du temps de la conjugaison. Ex : palabrer sera toujours une action qui dure alors que tressaillir sera une action courte peu importe qu’elle soit conjuguée à l’imparfait ou au passé simple. ® Le temps ne donne pas la valeur sémantique. ® C’est le contexte qui influence la valeur sémantique et le sens du verbe. ® La valeur du temps dépend de son contenu sémantique. ® L’aspect est différent de l’époque (présent, passé, futur…). ® La durée d’accomplissement du procès dépend du sens du verbe.
A l’intérieur d’un mode, le choix d’une forme grammaticale nous informe sur le degré d’accomplissement d’un évènement. Exemple : Je fais une pause dans deux minutes. = futur car seulement dans 2 minutes. J’ai fait une pause il y a deux minutes. = accompli du présent ou du passé en fonction du contexte. Je finis mon gâteau dans deux minutes. L’aspect « inaccompli » ou en « train de s’accomplir » dépend du sens qu’on donne à la phrase. Soit on est en train de manger et il sera fini dans deux minutes = en train de s’accomplir, soit il est encore dans le frigo et on le sortira seulement dans deux minutes = vision inaccomplie ou sécante du procès. ® « Dans deux minutes » est un élément du contexte qui donne des infos sur l’aspect. ® La différence est aspectuelle et non temporelle. Le point de vue temporel = le futur ® la différence n’est pas au niveau de la temporalité mais bien au niveau de l’aspect. ® On parle donc de valeur sémantique et non de valeur temporelle car la valeur temporelle est une vision incomplète. L’aspect exprime notre point de vue par rapport au laps de
réalisation du procès. L’aspect concerne le déroulement des évènements, par
rapport à des bornes. Imparfait = vision sécante du procès : pas de borne ou une seule. Passé simple : vision globale du procès, l’action, l’événement est envisagé en fonction de deux bornes même si elles ne sont pas explicitées. Exemple : Depuis une heure j’attendais, le téléphone sonne, je me précipitai pour répondre. Analyse des textes de Queneau Chaque texte fonctionne avec les autres textes. Le présent est la situation de départ qu’il va présenter sous d’autres formes.
Analyse : Il fonctionne bien, pas de rupture de sens, la cohérence est assurée par des compléments. L’auxiliaire modal montre que le futur peut avoir lieu.
Analyse : Tout (les verbes) est mis sur le plan des évènements, il n’y
a pas d’arrière-plan. Il manque un cadre. Un évènement s’enchaînant l’un à
l’autre, on a l’impression de brièveté.
Analyse : Ce qui paraît incongru dans ce texte, n’est pas ce qui
paraissait incongru dans le texte au passé simple. Ce n’est pas non plus aux
mêmes endroits du texte.
Analyse : Texte qui doit être lu après les deux précédents ® afin d’avoir une représentation plus nette pour le lecteur. Il y a des éléments en plus et pas seulement des éléments qui changent. Ca donne une impression d’achevé, d’équilibre. Il y a des éléments qui permettent au lecteur de se faire une représentation : On sait que ça se passe il y a un certain temps car la ligne S est devenue la ligne 84, on peut dater. Le cadre est donné par une série de compléments qui donne du sens a « aperçus » (le verbe apercevoir est rapide, plus rapide que voir).
Exemples de la valeur des temps Remarque : non exhaustif Quelques valeurs du passé composé (double statut : passé et accompli du présent)1 – Le moment où on parle (accompli du présent) sans précision temporelle. J’ai perdu mes clefs. …………………………………… Je perds mes clefs. Pierre ? Il est parti. …………………………………… Pierre ? Il n’est plus là. Tiens, il n’a pas mis de cravate. ………………………. Il ne porte pas de cravate. Ce sont des faits accomplis, la même idée peut s’exprimer avec le présent mais en changeant le sens du verbe. Comparer : Zut ! J’ai perdu mes clefs. ………………… Ce matin, j’ai perdu mes clefs. 2 – Le passé Jean a passé 3 ans en Chine. ……………………………. Jean passa 3 ans en Chine. Louis XIV a régné de 1643 à 1715. ……………………. Louis XIV régna de 1643 à 1715.Il a dormi jusqu’à midi. …………………………………… Il dormit jusqu’à midi. Je ne suis pas allée au théâtre depuis 2 ans. Il y a 3 semaines qu’il n’a pas plu. Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. → évènements qui n’ont pas eu lieu depuis un certain temps→ passé ou présent en fonction du sens qu’on donne à la phrase. Passé, si au moment où l’on parle l’évènement est en train de se produire. Présent, si on parle alors que l’évènement n’a toujours pas eu lieu.3 – L’avenir Dès que j’ai mangé, je passe te prendre. Si demain on a fait la peinture, dimanche on pose la moquette. Si dans trois ans j’ai fini ma thèse, je m’estimerai satisfait. 4 – Non localisé dans le temps Je ne suis jamais allé en Suède. Je n’ai pas encore vu le nouveau film de W. Allen. On ne l’a pas invité. → évènements qui n’ont pas eu lieu dans le passé du locuteur.
J’ai déjà fini. J’ai bientôt fini. Maintenant, j’ai fini, enfin ! Quelques valeurs de l’imparfait 1 – Présentation d’un évènement en train de se dérouler dans le passé à un moment déterminé. A la mi-septembre, il faisait encore beau. Hier, à 6 heures, je lisais. 2 – Comparaison entre passé et présent L’année dernière, je vivais déjà dans ce studio. Ce matin, le téléphone sonnait toutes les 10 minutes, cet après-midi, il reste muet. 3 – Présentation des circonstances d’un événement Elle se promenait dans la montagne, tout à coup un chamois est passé devant elle. Quand on est sorti, il neigeait. 4 - Proposition Si on allait faire un tour ? Si on parlait du plaisir d’enseigner ? 5 - Engager poliment la conversation Je voulais vous demander… Je tenais à vous voir pour… 6 – Rapporter les paroles de quelqu’un Le prof m’a dit qu’il rendait (rendra- rendrait) les copies jeudi. Il m’a dit qu’il fallait écrire au crayon. 7 – Exprimer une hypothèse Si demain il faisait beau, on pourrait aller à la campagne. Si vous arrêtiez le traitement trop tôt, une rechute pourrait se produire. 8 – Exprimer des regrets Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. Si seulement j’avais une voiture.
Et bien d’autres encore : la valeur d’habitude, de vérités permanentes dépendent du contexte. Quand il a bu (boit) il est très gai. Tous les jours à 5 heures, je bois (buvais/boirai) une tasse de café. Dès que le soleil s’est couché, il fait nettement plus froid. Qui a bu, boira. (intemporel) Si on a souffert soi-même, on comprend mieux la souffrance des autres. (intemporel) Un carré a quatre côtés égaux (intemporel). Quelques valeurs du conditionnel Il permet d’imaginer les actions avant qu’elles se réalisent. Grâce à lui, on se représente ce qui se produirait si telle ou telle condition était remplie. 1 – Expression de sentiments Le conditionnel permet d’exprimer certains sentiments : l’indignation, l’étonnement… C’est le mode du rêve, le mode qui permet de rapporter des faits dont on remet en question la véracité. Vraiment, il aurait échoué ? On aurait libéré les otages ? 2 – Opposition Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus grand que ce qui le tue. (Pascal) 3 - Atténuation Auriez-vous un éclair au chocolat ? Pourriez-vous me dire… (double atténuation : pouvoir + conditionnel) 4 - Exaspération Tu pourrais faire attention ! 5 - Politesse Je voudrais un pain. 6 - Etonnement Vraiment, il aurait échoué ! 7 – Vérification de la véracité On aurait libéré les otages ! Remarques : Le futur peut aussi être une atténuation : Me direz-vous ce que vous voulez ? Pierre a dit qu’il vous accompagnerait. « Je » = futur dans le passé or « a dit » = passé ou présent accompli et « accompagnerait » est un futur différent d’un futur dans le passé.
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